Bateaux célèbres : La Santa Maria, précurseur des courses transatlantiques en équipage

 

Bateaux célèbres : La Santa Maria, précurseur des courses transatlantiques en équipage

Précurseur des courses transatlantiques en équipage, la Santa Maria établit le premier record mondial de vitesse sur un trajet transatlantique en équipage, en 59 jours.
Quelles étaient l’allure, les caractéristiques et les équipements de ce navire qui, même s’il n’en a pas l’air, fait figure de précurseur des Imoca…

Bateaux célèbres : La Santa Maria, précurseur des courses transatlantiques en équipage

Parti de Palos de la Frontera (Andalousie) le 3 août, le skipper de la Santa Maria a choisi une route sud pour éviter les Açores portugaises. Après une escale d’un mois à Gran Canaria, du 9 du même mois au 6 septembre, c’est le départ sur la route des Alizés, sud d’abord, à travers le Golfe de Guinée puis Ouest ensuite, pour la transatlantique proprement dite. Bon choix tactique que cette route sud, le skipper et son équipage ont su tirer le meilleur d’une météo favorable.
Une traversée que bien d’autres connaîtront, avec un passage à vide par le Pot au noir, englué dans les sargasses, puis une arrivée aux Bahamas le 12 octobre, à Watling Island.

Fait notable, le comité d’accueil n’a pas fait grand cas de l’arrivée victorieuse de la Santa Maria pas plus qu’aucun média, même Bahaméen, n’a relaté l’arrivée.
Pas de trace de l'interview du vainqueur, mais que s’est-il bien passé ?

Vous l’aviez compris, la transatlantique en question s’est déroulée entre le 3 août et 12 octobre… 1492 !
Et la Santa Maria n’est autre qu’une Caraque, une Nao en Castillan, celle de Christophe Colomb et de son Capitaine Juan de la Cosa.

La Nao, un navire d’exploration du XVe siècle

19 m de longueur, 5,20m de largeur, la Santa maria portait trois mâts. Misaine et grand mât gréés carrés et artimon aurique (à flèche), ses huniers portaient une croix de Saint-André rouge, signe de la mission d’évangélisation reçue de l'Eglise Catholique.

Les caraques étaient destinés au commerce, pratiquant la navigation le long des côtes africaines et méditerranéennes. La Santa Maria représente un exemplaire de taille moyenne, et ces navires furent souvent décrits, dans la littérature nautique d’époque, comme absolument gigantesques. C’est le parti que prit François Bellec lorsqu’il en fit décrire une par ses héros dans son “Arbre de Vie”, paru en 2012.
Lancée à une date inconnue en Galice à Pontevedra, notre Santa Maria déplaçait environ 150 tonnes métriques.

Pourquoi un tel déplacement ?

Envoyée découvrir une route menant aux Indes et passant par l’Ouest, la Santa Maria emportait des marchandises d’échange pour financer l'acquisition d’échantillons destinés à prouver, à son retour, l’intérêt économique de son périple.
Le navire chargeait aussi de l’eau et des provisions pour une longue absence, ainsi que des armes blanches, à feu ainsi que 4 canons de 90 mm et 8 de 50 mm.

Une sorte d’Unimog de la mer du XVe siècle

Quand on observe les plans ou les images de reconstitutions, on est frappé par l’aspect massif de l’ensemble. C’est que les navires de la renaissance n’étaient pas taillés pour la vitesse mais davantage pour encaisser les impacts et talonnages qui devaient jalonner la navigation côtière sans cartes ni sondeurs…
C’était un vaisseau lent et lourd, qui portait six ancres et devait réaliser une vitesse moyenne rarement supérieure à 4 nœuds pour des pointes à 8 nœuds au portant !
A l’intérieur, les aménagements étaient simples et semblables à ceux qui allaient perdurer des siècles dans la marine à voile : Au gaillard d'avant les hommes logés ensemble, et au gaillard arrière les officiers, bénéficiant d’une petite cabine..

150 tonnes à la barre franche

Avec son embonpoint assez caractéristique et ses 270 m² de surface de voile, il fallait être plusieurs pour la barrer, à la barre franche. L’exercice devait être assez viril !
On amarrait la barre franche lorsque le navire, bien réglé, fendait les flots appuyé sur un bord.
Les 40 membres de son équipage lui offraient des bordées aux bras nombreux, du moins dans la phase “aller” de son périple, car les hommes conservaient encore un semblant d’hygiène et de santé, le scorbut n’ayant pas encore produit ses ravages.

Naufrage à Noël 1492

Le 24 décembre 1492, Colomb quitte la passerelle après 48h de présence continue. Le temps est calme et on laisse un mousse à la barre, contrairement à l’interdiction de Colomb. Au large de Cap-Haïtien, au nord de Haïti, un fort courant parvient par le canal parcouru par les eaux ouvertes de l’Atlantique. Lentement, le mousse inexpérimenté se laisse dépaler vers un îlot sablonneux, sur lequel la quille vient doucement donner…
Solidement planté dans le sable et ne disposant d’aucun moyen puissant de remorquage, la Santa Maria finira sa carrière nautique ici, dans les eaux chaudes de la mer des Caraïbes.

Des bordés recyclés en fortin

Quelques jours plus tard, convaincu du caractère irréparable des dommages subis par le navire, Colomb ordonna son démantèlement. Ses bordés et son pont furent démontés pour donner naissance au premier bâtiment terrestre construit par les Européens, le très peu pacifique fort de “La Navidad” (appellation hispanique de Noël, rappelant la date du naufrage).

Le Fort Navidad

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